HVE, ce qu’en dit le ministère de l’Agriculture.

Notre dossier aujourd’hui interdit, la « HVE encore gourmande en pesticides » publié en septembre 2020 montrait la présence de 28 substances actives de pesticides cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques (CMR) et/ou perturbateurs endocriniens dans les analyses de 22 vins labélisés HVE (dont 18 de Bordeaux).

Le civb et 25 autres acteurs de la filière de Bordeaux ont intenté une action en justice pour « dénigrement ».

Ce procès bâillon n’est pas fait pour gagner, mais pour faire taire, dissuader et surtout détourner le regard et l’attention : pendant qu’on parle de cette procédure scandaleuse, on ne parle pas de ce qui utilisé en agriculture HVE, de ce qui est pulvérisé sur les vignes chaque année d’avril à septembre pour produire la majorité des vins de Bordeaux et qui expose en première ligne les populations de profesionnel.le.s, puis les riverains dont les enfants à des substances actives dangereuses pour la santé (n’oublions pas les 132 écoles enclavées dans les vignes du bordelais).

« Produits homologués » ne signifie pas sans danger pour la santé, l’environnement et la biodiversité (voir les phrases de risques des substances utilisées en HVE dans la liste citée plus haut). Respecter la loi et utiliser des produits autorisés n’est pas synonyme de vertu : à Bordeaux, nous avons d’ailleurs une rue Esprit des Lois.

Sans preuve ni lien direct avec le « dénigrement » dont nous avons été accusées, le tribunal de Libourne nous a condamnées nous reprochant « une communication anxiogène » (nous nous éloignons ici des faits) et l’absence de référence aux « seuils retrouvés par le laboratoire, bien en-dessous des LMR ».

Or, en viticulture il n’existe pas de LMR sur le vin en bouteille, le produit fini. La seule existante étant celle qui concerne le raisin de cuve c’est-à-dire le raisin qui vient d’être vendangé. Raisin de cuve et vin en bouteille sont deux produits différents et c’est bien du vin en bouteille que nous avons fait analyser par un laboratoire agréé.

La justice nous reproche donc de ne pas avoir indiqué / fait référence à quelque chose qui n’existe pas : la LMR dans le vin.

Or, les 1eres fermentation alcooliques les précipitent : les seuils sont divisés environ par10 entre vendange/raisin de cuve et les premières fermentations. Nous ne parlons pas encore d’utilisations éventuelles de décontaminant à pesticides comme la zéolithe le charbon actif ou, le plus performant, le Flowpure. Notons que dans des formations en ligne en partenariat avec Vitisphère et l’IFV intitulée « Les résidus dans le vin : comment les limiter voire s’en débarrasser ? « , le Flowpure est conseillé aux opérateurs pour réduire voir effacer les résidus dont des CMR, voir minute 29’17.

Parlons de dénigrement.

Depuis 10 ans les défenseurs de la viticulture en chimie de synthèse n’ont pas changé de discours : « les produits sont homologués », les « seuils détectés sont très en-dessous des LMR », « la profession fait beaucoup d’efforts ». 2016 , « Les vins de Bordeaux veulent « sortir des pesticides » 2018 Bordeaux veut transformer l’environnement en sujet de communication, septembre 2020 « je n’utilise que des produits homologués » Jean-Samuel Eynard, le président de la FDSEA dans un article de Vitisphère.

Le label HVE a pourtant été remis en cause par le passé : Greenpeace, le WWF et le Basic ainsi que l’UFC que Choisir ont dénoncé en septembre 2021 les promesses non tenues du label HVE et n’ont pas été attaquées (le CIVB aurait pourtant matière à redire).

Mais si c’est le ministère de l’Agriculture et l’Office de la biodiversité qui le disent ?

Une note interne du ministère de l’agriculture et une note interne de l’Office de la biodiversité * citées dans un article du Monde arrivent à cette conclusion : « HVE ne présente aucun bénéfice environnemental » et « cette certification ne devrait pouvoir être prise en compte dans le cadre de politiques publiques environnementales, ou en tant qu’argument de commercialisation sans tromperie du consommateur, qu’à la condition d’une révision profonde des critères d’éligibilité ».

La note du ministère de l’Agriculture, qui a la particularité de montrer qu’HVE est taillé pour la viticulture, rejoint avec celle de l’OFB les conclusions d’un troisième document : l’avis de l’autorité environnementale et de la Cour des comptes : HVE est coûteux et n’apporte aucune plus-value concernant la biodiversité. Concernant le Plan Stratégique National de la Politique Agricole Commune, sans plus de contraintes en HVE, la France risquera des remarques de l’union européenne !

Si notre dossier a été jugé défavorablement, c’est justement, pour mieux masquer la réalité des pratiques majoritaires du Bordelais, dont le civb soutient et promeut HVE, label porté par le ministère de l’Agriculture, mais en fin de compte, ce dernier le trouve ambivalent.

Ce procès semble illustrer un nuage de fumée pour éluder les vraies questions, pour empêcher la remise en question d’un système et une dangereuse atteinte au droit d’informer et de critiquer.

L’ampleur des enjeux financiers et donc de la remise en question des pratiques culturales expliquent les efforts entrepris pour éviter précisément de débattre du fond des messages transmis par les résultats d’analyses. La forme (dénigrement, communication anxiogène, attaques personnelles) semble finalement être le meilleur angle d’attaque.

Parlons maintenant des produits et des pratiques que nous dénonçons depuis des années : Le lieu commun répandu par les firmes de l’industrie chimique est que « La dose fait le poison » : en creux, cela veut dire que la maladie dépend du niveau d’exposition à une ou des molécules.

Or, Pour les molécules cancérigènes-mutagènes-reprotoxiques, PE et SDHIS, la dose ne fait pas le poison[3] (cas du glyphosate et PE et SDHIS). Ni pour l’effet cocktail qui démultiplie la toxicité individuelle des molécules.

Cela a été récemment confirmé par la Commission européenne elle-même.

Le 14 octobre 2020, la Présidente de cette institution, par ailleurs médecin, annonce la refonte de la réglementation des produits chimiques. Pour reprendre les mots de la Commission :

« La stratégie dans le domaine des produits chimiques reconnaît pleinement le rôle fondamental des produits chimiques pour le bien-être de l’être humain et pour la transition écologique et numérique de l’économie et de la société européennes. Dans le même temps, elle reconnaît qu’il est urgent de régler les problèmes sanitaires et environnementaux causés par les produits chimiques les plus nocifs. »[4]

« Dans le même temps, les substances chimiques peuvent présenter des propriétés dangereuses qui les rendent nocives pour la santé humaine et pour l’environnement. Elles peuvent causer des cancers, endommager les systèmes immunitaire, respiratoire, endocrinien, reproducteur et/ou cardiovasculaire, affaiblir la résilience de l’être humain et sa capacité à réagir aux vaccins et le rendre plus vulnérable aux maladies. »[5]

Cela à une époque :

• où il n’est plus ni techniquement possible ni tolérable de nier les effets de ces doses dites faibles, méta étude Inserm, rapport Sénat pesticides vers le risque zéro.

• où la Commission européenne écrit[6] vouloir réduire la dépendance aux pesticides, donner les informations aux citoyens pour qu’ils puissent consommer des aliments sains issus de systèmes de production durables pour des enjeux de santé publique et d’environnement

• où l’ancien Commissaire européen chargé de la santé et de la sécurité alimentaire[7] affirme que « les consommateurs ont le droit d’être pleinement informés sur ce qu’ils boivent … ».

• où en matière de durabilité, les consommateurs attendent[8] d’être informés sur les pesticides dans l’alimentation ;

• où la présence de résidus de pesticides dont des CMR-PE dans des fruits, légumes, des jus, des vins, y compris dans le bio, est mise en évidence par d’autres organismes, par des autorités, certains résultats ont été présentés en conférence de presse au Parlement européen[9].

L’eau, l’air sont également des sujets de préoccupation majeure. Nous ne disons pas ici que le vin soit un élément vital comme les deux derniers mais c’est un produit de consommation courante.

A titre d’exemple, citons l’eau de boisson, dans les années 70, les seuils séparant l’acceptable de l’inacceptable, était la non-détection, avec les moyens analytiques d’il y a plus de 40 ans, de résidus de pesticides. Ces seuils ont été confirmés par la nouvelle directive eau[10].

Les concentrations quantifiées par le laboratoire accrédité pour un vin analysé par Alerte aux Toxiques en 2020 dépassent de plus de 150 fois le seuil d’inacceptabilité de l’eau de boisson. En outre, depuis la mise en bouteille de certains des vins analyses, certains pesticides ont été interdits vu leur toxicité (exemple : Thiaméthoxame).

A la publication des résultats, les vins n’ont pas été retirés du marché, les consommateurs ne sont pas mis au courant.

Associations, ONG, articles de presse et même notes internes des services de l’état ont montré l’insuffisance de HVE comme notre dossier censuré pourtant, le civb et les 25 autres acteurs de la filière n’ont intenté aucun autre procès.

Nous poursuivons nos actions pour la transparence pour l’information des consommateur.trice.s, le 22 janvier nous avons reçu le prix éthique ANTICOR* « récompensant AAT pour avoir signalé la présence de résidus de pesticides dans des vins HVE, informations de santé publique » Sud-Ouest : Vins de Bordeaux : Valérie Murat, prix « Éthique » Pour revoir l’intégralité de la cérémonie : https://fb.watch/aK4Jul5tr4/

Nous continuons à recueillir des dons pour avoir le droit d’aller en appel via la plateforme en ligne : https://gofund.me/b1367269

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PRESSE :

* Sur simple demande à la CADA, tout.e citoyen.ne peut obtenir la communication de ces notes.

[1] Pesticides SDHI : 450 scientifiques appellent à appliquer le principe de précaution au plus vite, extrait « Outre les dégâts considérables des pesticides sur la biodiversité, ces données laissent prévoir le risque additionnel chez l’homme d’une catastrophe sanitaire liée à leur usage. » France, 2020 : http://endsdhi.com/wp-content/uploads/2020/01/Appel-Liste.pdf.

[1] « Toxiques dès les très petites doses, les pesticides SDHI », Paule Bénit PhD (Ingénieure de Recherches IR2 INSERM ; Institut national pour la santé et la recherche médicale) et Pierre Rustin, PhD (Directeur de Recherches CE Emérite au CNRS ; Centre National de la Recherche Scientifique), membres de l’Equipe Physiopathologie et Thérapie des Maladies Mitochondriales, de l’Unité Mixte de Recherches INSERM UMR 114 , 2021 ; http://endsdhi.com/wp-content/uploads/2021/04/Reflexion-sur-les-faibles-doses-de-SDHI-en-particulier.pdf.

[2] « Les agriculteurs qui persistent à utiliser des produits nocifs pour la santé devront donc respecter toutes les parcelles voisines y compris lorsqu’elles ont une activité agricole. » . « Le Conseil d’État a annulé les dispositions du Décret du 27 décembre 20191 et de l’arrêté de la même suite à la requête de Daniel Ibanez, Maurice Pichon, Santé Environnement Combe de Savoie, Alerte aux Toxiques et Giachino.

[3]  Voir entre nombreux autres, les travaux de Laura N. Vandenberg, l’Endocrine Society Scientific Statement, le projet Halifax (171 chercheurs), Réseau Environnement Santé France, COLLOQUE Perturbateurs endocriniens, eau, santé 2018, disponible sur :  http://www.reseau-environnement-sante.fr/wp-content/uploads/2018/06/ACTES-RES-COLLOQUE-Perturbateurs-Endocriniens-Eau-et-Sant%C3%A9-20032018-docx-1.pdf 

Aperçu de l’image

[4] Commission européenne, « Pacte vert : la Commission adopte une nouvelle stratégie dans le domaine des produits chimiques »

[5] Commission européenne, Pacte vert : Une stratégie dans le domaine des produits chimiques pour aller vers un environnement exempt de substances toxiques – Questions et réponses,

[6] Commission européenne, Pacte Vert, Stratégie “de la Ferme à la Table”, Stratégie « De la ferme à la table », 20 mai 2020.

[7]  Vytenis Andriukaitis, « Consumers have the right to know what they drink », The parliament magazine », 16 mai 2017 disponible sur : https://www.theparliamentmagazine.eu/news/article/consumers-have-the-right-to-know-what-they-drink.

[8] European Commission, Eurobarometer 5050: Making our food fit for the future – Citizens’ expectations decembre 2020 

[9] Michèle Rivasi, Marc Tarabella, Piernicola Pedicini, Philippe Lambert 2019, https://www.youtube.com/watch?v=OMEeKUE_DmA

[10] Directive (UE) 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine, confirmant les seuils de conformité de la Directive 98/83/CE, synthèse de la disponible sur https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/LSU/?uri=CELEX:32020L2184&qid=1621165662941

 

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