Création de l’Observatoire de l’Agribashing par la préfète de Gironde F. De Buccio, aux ordres de Castaner, le petit doigt sur la couture.

Commençons par le commencement, qu’est-ce que l’Agribashing ? Cet anglicisme est un mot valise inventé par la FNSEA pour désigner le fait que les agriculteurs seraient victimes de stigmatisations, d’attaques, de campagnes de dénigrement, voire de problématiques de sécurité dans leurs activités professionnelles.

Bien qu’il n’existe pas dans la langue française, ce mot induit inévitablement une notion de victimisation des agriculteurs, une partie de la société française serait liguée contre eux.

Victimisation des agriculteurs contre diabolisation de la parole de cette autre partie de la société. Pas de nuance, ni d’argumentation possible ou de critique de la critique : une  impasse qui créée de la violence.

« Mal nommer les choses rajoute du malheur au monde » Albert Camus.

Cette partie de la société française est constituée de simples citoyens, de militants, de lanceurs d’alerte, d’activistes ou encore de journalistes, si tant est que l’on puisse effectivement la définir. Ils émettent des critiques voire contestent un système agricole, en l’occurrence l’agro-industrie, système majoritaire défendu par la FNSEA qui repose sur les pesticides de synthèse et l’agriculture intensive.

Ce système tue les agriculteurs, empoisonne les femmes enceintes, les enfants et détruit les sols. De nombreuses études en attestent, d’où les interrogations d’une partie de la population.

Chez les agriculteurs piégés par un système dont ils ne savent pas comment sortir et abandonnés par les institutions qui sont censées les représenter, cette notion leur fait percevoir les avis comme des jugements. Fatalement, la peur du lynchage médiatique, du vandalisme et de la stigmatisation hante leurs nuits ; pris par leur activité intense, l’Agribashing semble donc un moyen pour eux d’externaliser leurs peurs de les fédérer et ainsi de trouver un bourreau idéal : cette partie de la population qui a des interrogations légitimes.

Les réseaux sociaux participent à cette victimisation, au clivage entre les populations et à la violence induite avec les hashtags # correspondants, comme #Stopbashing, #Agriculteursboucsemissaires, #Lafakeagricole…

C’est dans ces circonstances que Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, qui a fait un zéro faute à la dictée de la FNSEA officialise qu’il y a conspiration, machination, complot contre les agriculteurs et créé ainsi un observatoire de quelque chose qui ne repose sur aucune donnée concrète et étayée.

On ne devrait pas s’inquiéter à priori, de la création d’un observatoire, surtout après la suppression de celui sur la pauvreté, car « observer c’est regarder attentivement quelqu’un, quelque chose pour surveiller, pour contrôler », définition du Larousse.

Mais nous devons en revanche nous alarmer de cette officialisation à trouver des responsables et à criminaliser toutes formes possibles de contestation.

Ce gouvernement, porte flambeau d’une novlangue symbole d’un nouveau système, vide les mots de leur sens pour y injecter de l’imaginaire néo-libéral autoritaire, de la soumission à l’autorité via des tournures de phrases positives. Un seul exemple : transformer Demeter, déesse grecque des moissons, créatrice des saisons en un agent des renseignements, une barbouze qui exécute des basses besognes en dit long sur son ambition. « Les forces de l’ordre s’appuieront sur la cellule nationale de renseignement et de rapprochement judiciaires (DEMETER) créée au mois d’octobre par la gendarmerie nationale ». Cette cellule peut notamment réaliser des écoutes.

Si ça continue, nous pourrons peut-être bientôt surnommer la préfète, Pinochette ?! En Gironde, la préfète aux ordres du régime actuel le petit doigt sur la couture, cite d’ores et déjà les responsables conspirateurs dans un communiqué de presse aux accents militaires : « La dénonciation des produits autorisés en agriculture et en particulier en viticulture par un certain nombre de collectivités ou d’associations, est considérée par beaucoup comme le point de départ des difficultés rencontrées par les agriculteurs qui cohabitent avec des zones résidentielles ».

préfette

Sans l’ombre d’un procès, Mme De Buccio ne fait pas l’économie de nous condamner :  nous serions ainsi responsables des problèmes des agriculteurs avec les riverains qui subissent des dérives de pulvérisations, alors que nous ne sommes, nous aussi, que des observateurs ! Par ailleurs, nos données sont étayées. Voir notre rassemblement de contestation devant la Chambre d’Agriculture de la Gironde le 12 décembre dernier qui nous a évincé d’une concertation sur les chartes de riverains alors que nous portons leur voix et sommes force de propositions.

À la lecture du communiqué de cette digne héritière de Lallemend, ceux qui parlent et/ou révèlent la vérité de certaines pratiques agricoles et le rôle ambigu de l’état (voir publication homologation failles…) seraient coupables d’activités illégales.

À ce degré zéro de la réponse politique, faudrait-il opposer l’Agribashing au Médiabashing, l’Activistbashing, Militantbashing, Lanceursdalertebashing ?

Ces mesures sont raccord avec un pays qui réprime dans la violence toute forme d’expression, de contestation, de droit de manifester. Ce même pays qui empêche les journalistes, les reporters les photographes de faire leur travail sur le terrain et qui leur envoie la police pour les brutaliser.

Ce pays qui sombre dans une répression des voix avec son gouvernement revendiquant à longueur d’interviews aimer l’esprit de la république… Novlangue es-tu là ?

Glissons-nous inexorablement vers le délit d’opinion ?

Les agriculteurs gagnent-ils à renforcer des positions clivantes et populistes ? Quel intérêt à être solidaires de pratiques peu transparentes ?

Les consommateurs devraient-ils pour autant accepter un système mortifère ?

L’image et la réputation des vins de Bordeaux sont déjà très abîmées et l’appellation souffre d’une crise sans précédent qui engendre des conséquences dramatiques sur les trésoreries et les revenus des agriculteurs. Les montants des transactions de vrac sont en effet tombés en dessous de 800 euros le tonneau. Certains vignerons ne parviennent pas à vendre leur stock même en le bradant.   Les institutions censées représenter la filière ne savent pas répondre aujourd’hui à cette crise autrement que par l’omerta et le vote de l’augmentation des cotisations volontaires obligatoires. Elles sont de plus, avec de grands noms de la viticulture prestigieuse locale et de grandes maisons de négoce, largement entachées par de récentes lourdes  condamnations judiciaires*.

Dans ce climat, comment les agriculteurs pourraient-ils être réceptifs et réactifs face à la critique ou l’expression d’attentes particulières ? Étant pris à la gorge par la baisse de leurs revenus, comment appréhender un changement des pratiques ?

Si dans le Bordelais, l’Agribashing est à rapprocher localement au Bordeauxbashing, si les institutions de la viticulture locale l’ont si souvent invoqué, elles n’ont en réalité besoin de personne pour dégrader encore l’image des vins de Bordeaux.

La criminalisation de toutes formes possibles de contestation a ici pour fonction de museler ceux qui posent les bonnes questions et d’endormir ceux qui pourraient être les premiers acteurs du changement : nos producteurs ! Encore une fois, les uns sont dressés contre les autres, et le pouvoir politique compte les points.

Si les pouvoirs publics n’ont d’autre dispositif à proposer que la criminalisation de nos activités, c’est bien une reconnaissance de leur bien fondé et un aveu de la peur dans laquelle ils s’enferrent.

« Si l’on ne croit pas à la liberté d’expression pour les gens qu’on méprise, on y croit pas du tout » Noam Chomsky.

Valérie Murat,

Porte-parole d’Alerte aux Toxiques

*Vitisphère, 9 Août 2019 Alexandre Abellan, Le prix plancher du Bordeaux tombe à 800 euros/tonneau

Canard enchaîné 27 novembre 2019 un roi du Bordeaux  s’agite en vin

L’Humanité, 1er avril 2019 Ixchel Delaporte Pesticides. Une ouvrière de la vigne fait plier un château bordelais
Vitisphère 25 juillet, Alexandre Abellan L’affaire Grandeau continue de planer sur les vins de Bordeaux

Far Ouest Flo Laval, interview

Reporterre 15 janvier 2020, Le gouvernement a créé une cellule militaire pour surveiller les opposants à l’agro-industr janvier ie

Le Monde, 18 janvier 2020 Stéphane Foucart, « Greenbashing » et « agribashing » : pourquoi une telle asymétrie de traitement ?

Collectif Contre Les Abus Policiers, CLAP33 21 janvier 2020 Le gouvernement a créé une cellule militaire pour surveiller les opposants à l’agro-industrie

Cyberaction N° 1188: Démonter Démeter #Démonter   #Demeter

Nos camarades d’Alerte Pesticides haute Gironde ont reçu la visite de Démeter en amont de leur États Généraux des Riverains : États Généraux des Riverains : DEMETER sur les dents

CRÉATION DE LA CELLULE DEMETER EN FRANCE : LA RÉPONSE DE LA MARQUE DEMETER, certification de vins en Biodynamie.

 

 

 

Une réflexion sur “Création de l’Observatoire de l’Agribashing par la préfète de Gironde F. De Buccio, aux ordres de Castaner, le petit doigt sur la couture.

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